I) Configuration physiologique et sociale myrmécéenne

1) Description physique

 

Le corps d'une fourmi se divise principalement en trois parties, la tête, le thorax et l'abdomen.

 

La tête porte des mandibules, plus fortes chez les mâles que chez les femelles, différentes selon les fonctions de l'insecte. Les mandibules servent à pincer, à mordre, à couper ou à percer. mais elles ne sont jamais utilisées pour manger. La nutrition est assumée par les mâchoires et la lèvre inférieure, qui constituent un appareil suceur et lécheur. Les yeux, généralement peu développés, sont situés de chaque côté de la tête et sont séparés par trois ocelles, yeux simples, qui font souvent défaut chez les ouvrières. Enfin, nous remarquons la présence constante de deux antennes.

 

Le thorax est généralement simplifié par la fusion ou réduction de certains segments de l'anatomie de la fourmi. Les trois paires de pattes, habituellement longues et minces, servent à la locomotion et à la toilette; en effet chaque patte est pourvue d'une double brosse, dont les poils creux sont lubrifiés par des glandes spéciales. Les deux paires d'ailes, présentes chez les mâles et femelles sexués, sont membraneuses et inégalement développées. Les ailes postérieures sont généralement plus petites que les antérieures.

 

L'abdomen globuleux et très mobile, est uni au thorax par un dicules grêle, est constitué par un premier segment abdominal aminci. Chez de nombreuses espèces, l'extrémité de l'abdomen porte un aiguillon, ou dard, relié à une glande à venin, composé d'acide formique. Lorsque l'insecte ne prote pas d'aiguillon, la glande à venin subsiste mais le liquide n'est pas inoculé et sert à engluer et asphyxier l'ennemi. L'appareil digestif des fourmis est caractérisé par un oesophage dilaté postérieurement en un sac, appelé jabot, où s'accumulent les aliments. Il se prolonge par un gésier qui peut, grâce à une valvule spéciale, aspirer un peu de nourriture et la transmettre à l'intestin où elle est digérée. La portion alimentaire qui est régurgitée est donc séparée de celle consommée par l'animal.

 

Les fonctions des antennes, du jabot et de la glande de Dufour seront abordées plus précisément dans les parties II) et III).

 

2) Organisation de la fourmilière

Bien que certaines espèces de fourmis habitent les anfractuosités naturelles, nombreuses sont celles qui creusent des galeries souterraines; ces galeries sont bien souvent surmontées d'un dôme qui peut être habilement maçonné ou simplement représenté par une pierre plate chez les fourmis des montagnes; un tel dispositif protège et réchauffe la couvée en accumulant la chaleur du soleil.

Inversement dans les régions désertiques chaudes, les fourmis recherchent la fraîcheur et enfouissent leurs nids très profondément dans le sable. Les fourmilières peuvent être aussi creusées dans les arbres, comme nous le montre l'image ci-dessus, ou construites en carton et suspendues aux branches. Les fourmis ont donc une grande capacité d'adaptation à leur environnement.

De nombreuses études et observations faites sur les insectes constructeurs il résulte que ces insectes ne se constituent pas en équipes de travail, mais qu'au départ, les tâches sont individuelles et in coordonnées. Le seul rapport vient d'une situation d'ensemble stimulante, la stigmergie.

 

3) Echelle hiérarchique

Les colonies de fourmis décèlent de réels indices d'organisation sociale. On y distingue deux groupes d'individus, qui ont des fonctions bien différentes : les mâles et les femelles, sexués, et les ouvrières, aux organes génitaux non développés. Les individus sexués s'apparient au cours du vol nuptial qui a lieu au printemps ou en été; cependant, ce n'est qu'après l'atterrissage que l'accouplement s'achève, et chaque femelle , fécondée par plusieurs mâles, accumule suffisamment de sperme dans son réceptacle séminal pour rester fertile pendant dix à quinze ans que dure sa vie. Les mâles meurent quelques jours après le vol nuptial et les femelles forment la colonie. Après une métamorphose nymphale, les jeunes larves, vermiformes et apodes, se transforment en adultes.

 

Les ouvrières appartiennent à un ou plusieurs types selon le rôle qu'elles jouent dans la collectivité. Ce sont elles qui construisent la fourmilière, chassent ou accumulent les proies et soignent les larves; certaines espèces possèdent des "soldats" aux fortes mandibules, défenseurs de la colonie.


Les fourmis chasseresses, dépourvues du pouvoir de régurgitation, chassent individuellement les proies qu'elles consomment ou distribuent aux larves.

Les fourmis moissonneuses habitent les régions périméditerranéennes; elles emmagasinent dans des greniers souterrains de grandes quantités de graines qui ne germent pas.

Les fourmis champignonnistes coupent et rapportent les débris végétaux; ceux-ci une fois déchiquetés et enduits de salive, servent à la confection de "meules" sur lesquelles des ouvrières de petite taille cultivent les mycéliums de certains champignons.

Les fourmis éleveuses protègent, durant l'hiver, des pucerons et des cochenilles dans des "étables" reliées à la fourmilière, puis elles les transportent sur les jeunes pousses des arbres dès le début de la belle saison et, caressant avec leurs antennes ces insectes domestiqués, elles provoquent la défécation de liquides sucrés.

Les fourmis esclavagistes répandues en Europe, Asie et en Amérique attaquent en longues colonnes les fourmilières des fourmis rousses. Elles ramènent chez elle les larves des vaincues, qu'elles élèvent pour en faire des esclaves.

 

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